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La résilience, un jardin à cultiver

Chère Amélie,

Ce matin, je lisais Boris Cyrulnick.

« Je comprends aujourd’hui que lors de mes petites années d’enfance, ma mère avait imprégné en moi un attachement sécure. Ce style relationnel qui facilite la rencontre m’avait aidé à ne pas rater les mains tendues », a-t-il écrit [1].

Tout cela me rappelle les mots d’Isabelle Fillilozat, quand elle évoque le sentiment de « sécurité intérieure »: « Fermez les yeux et faites le silence à l’intérieur de vous. Respirez. Comment vous sentez-vous ? Est-ce agréable ? Êtes-vous capable de rester un long moment ainsi, en votre seule compagnie ? Éprouvez-vous de la confiance en l’avenir ? De l’enthousiasme pour le futur ? Avez-vous l’impression que vous construisez votre vie ? Que vous menez des projets qui ont du sens ? » [2].

C’est sans doute ce merveilleux sentiment de sécurité intérieure qui a aidé Boris Cyrulnick à traverser les terribles années de l’Occupation allemande,  alors qu’il était orphelin et juif.

Or il semblerait que seuls 50% à 60% [3] des enfants ont bénéficié de ce que la théorie de l’attachement, élaborée par John Bowlby et Mary Ainsworth, ont appelé un « attachement de type sécure » [4].

Mais qu’en est-il des autres 40% à 50 % (donc près d’une personne sur deux!)? Que faire si l’on n’a pas ou que peu connu ce « sentiment de sécurité intérieure », cette sensation physique qui s’élabore dans les premiers mois de vie chez ceux qui ont la chance de grandir avec des figures parentales leur proposant un  « attachement de type sécure » ? Qu’en est-il pour ceux qui, par conséquent, n’ont pas réussi à développer confiance, ni en eux, ni en la vie ? Cette confiance qui aide à avancer, s’épanouir, explorer, et à saisir les « mains tendues »? Qu’en est-il de ceux qui, à la place de ce « premier lien sécure » ont développé ce que l’on appelle un traumatisme développemental ou traumatisme complexe, et qui ont donc été entraînés dans de terribles cercles vicieux faits de solitude, de honte, de peut-être de dépendance (affective, divertissements qui font oublier, alcool, drogues, jeux, etc…)?

C’est ton cas aussi, Amélie, d’après ce que j’ai pu comprendre…

Surtout, ne désespère pas, Amélie. Tu peux apprendre à créer autour de toi et en toi ce sentiment de sécurité. Cela ressemble à la résilience.

Prends soin de ta résilience!

Selon Boris Cyrulnick, la résilience consiste à se (re)construire après un traumatisme, de manière à ne pas, ou plus, vivre dans le malheur. Pour illustrer la résilience, Boris Cyrulnick a utilisé la métaphore du  processus évolutif au cours duquel la vie reprend ses droits après un feu de forêt qui dévaste tout.

           

J’aime beaucoup cette métaphore.

Mais encore une fois, il me semble que la situation est particulièrement ardue pour celles et ceux qui souffrent d’un traumatisme développemental ou traumatisme complexe, et qui n’ont  jamais vraiment ressenti ce sentiment de sécurité intérieure.  Alors le travail est encore plus compliqué:

  • il faut apprendre ce qu’est le sentiment de sécurité intérieure
  • tout en le cultivant en soi!

Cinq pistes

Loin de moi l’idée de vouloir te donner des conseils! Chaque personne est unique, et ce qui marche pour l’une peut être très difficile (et décourageant) pour l’autre. Ceci dit, je te propose volontiers quelques pistes:

1. Donne-toi le droit de faire des activités qui induisent ce sentiment de « sécurité intérieure ».

Lesquelles? A toi de découvrir ce qui te convient: nager dans le lac, nature, lecture, sport, écriture, musées… Il ne s’agit pas d’être dans la performance, mais de découvrir quelles sont les activités qui te font du bien.

Tu penses que tu n’as pas le temps, tu n’as pas le droit de faire des activités qui te plaisent, ce n’est pas du « sérieux »?  Ah bon ? Alors explique-moi, chère Amélie, pour quelle raison tu n’aurais pas le droit de te donner ce que le 50 à 60% de la population a reçu gratuitement, dès les premiers mois de vie, ce sentiment de sécurité intérieure, de bien-être intérieur ?

 

2. Trouve un sens à ta vie

Essaie d’être en accord avec tes valeurs, de t’engager pour une cause qui te tiens à cœur. Non, tu ne vas pas sauver le monde ! Mais savoir ce qui compte pour toi te permet de savoir où mettre ton énergie et d’éviter de la perdre dans des dépendances, des relations toxiques, le découragement, la confusion. Cela peut même donner un sens à ce qui t’es arrivé de terrible. Un peu à l’image du lotus, qui, grâce à leurs racines aquatiques, se nourrissent de tout ce que charrient les profondeurs. Détritus. Boue. Limon. Le produit d’une lente décomposition du passé est ainsi métamorphosé en de belles fleurs blanches qui flottent librement à la surface des eaux.

3. Entoure-toi de personnes bienveillantes

Des personnes prêtes à t’écouter et à te soutenir. Facile à dire, je le sais bien, puisque tu n’as pas appris à les reconnaître. Tu n’as pas appris que tu mérites la bienveillance. Tes peurs d’être seule te font chercher la compagnie de « ceux qui veulent bien de toi », et il t’est difficile de faire le tri… dire « non » est difficile aussi, car tu n’en avais pas le droit, enfant… Tu risquais gros… De plus, même un sourire bienveillant risque de déclencher des peurs, car ton père te souriait peut-être de ce même sourire, et ce sourire risque donc de déclencher des réminiscences et de raviver des traumatismes. Mais essaie… que ce soit en faisant du bénévolat, en suivant des cours, des formations,.. et ne sous-estime pas les brèves rencontres du quotidien.. un sourire échangé avec une serveuse, un voisin, ça peut parfois changer beaucoup de choses. Il te faudra du courage, parce que ce ne sera pas toujours facile… alors n’oublie pas d’être fière de toi chaque fois que tu auras pris un risque!

4. Utilise le plus souvent possible les 3 outils AAA! : Autocompassion, autocompassion, autocompassion

Oui, donne-toi le droit à l’erreur, encourage-toi, réconforte-toi!

 

 

5. Avance pas à pas…

Et rappelle-toi: c’est un processus. Garde à l’esprit l’image du jardin: il faut régulièrement semer des graines, arroser, arracher les mauvaises herbes… C’est du travail, chère Amélie! Alors choisis avec soin le jardin qui te convient… celui qui te plaît, à toi! Cultive une forêt vivifiante, un potager agréable, une prairie florissante, peu importe! C’est ton jardin, ta vie, ton quotidien!

 

Je te souhaite un bon jardinage, chère Amélie ! Que ce soit joyeux, fructueux et riche en découvertes !

Petit à petit, tu pourrais te rendre compte que cela devient de plus en plus facile, car tu apprendras à nourrir des cercles vertueux (effet boule de neige positif). Comme dans un jardin de permaculture, où les différents éléments interagissent de plus en plus pour se renforcer mutuellement: faire des activités qui te correspondent t’apportera du plaisir, donc de l’énergie, ce qui pourrait t’aider à te donner le courage de faire de nouvelles rencontres, donc de ta donner la chance de te lier à des personnes bienveillantes, ce qui à son tour t’apportera plaisir et énergie, ce qui à son tour… (et le cercle vertueux se nourrit!).

[1] p 67 Sauve-toi, la vie t’appelle, Boris Cyrulnick, Odile Jacob

[2] Fais-toi confiance, Isabelle Filliozat, JC Lattès

[3] Marian J Bakermans-Kranenburg1, Marinus H van IJzendoorn « The first 10,000 Adult Attachment Interviews: distributions of adult attachment representations in clinical and non-clinical groups », Attachment and Human Development, vol. 11, n°3, juin 2009, cité dans l’excellent ouvrage Guérir des blessures d’attachement, Gwénaëlle Persiaux, Eyrolles

[4] Voici une excellente vidéo qui explique ce qu’est l’attachement sécure: https://www.youtube.com/watch?v=aeMapqqthNs&t=12s

 

Ursula Sila-Gasser

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