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Le traumatisme complexe, oh oui, très complexe

Chère Amélie,

Il est grand temps que je te parle d’un sujet dont la découverte a révolutionné ma vie : le traumatisme complexe (encore appelé « trouble de stress post-traumatique complexe »).

Traumatisme ? Trouble de stress post-traumatique ? Mais… n’est-ce pas ce dont souffrent les personnes ayant vécu des événements graves, comme des accidents de la route, des agressions physiques violentes, ou la guerre et d’autres catastrophes ? Oui, je le pensais aussi il y a encore quelques années. Certes, un évènement est dit « traumatique » lorsqu’une personne est confrontée à la mort ou à la peur de mourir, ou lorsque son intégrité physique ou celle d’une personne proche physiquement ou affectivement a pu être menacée.

Dans ces situations, les facultés du psychisme sont dépassées : il n’est plus possible de réagir de façon adaptée, ni d’intégrer l’évènement dans sa mémoire autobiographique de façon habituelle.

Or, ce qui est moins connu est que les violences psychologiques sont traumatisantes elles aussi. En effet, la violence psychologique s’attaque à notre identité, elle s’en prend à ce qui fait de nous une personne : nos ressentis, nos aspirations, nos valeurs, nos goûts, nos pensées, nos rêves, nos désirs.  La violence psychologique porte atteinte à ce qui nous constitue profondément !

Et lorsque les violences psychologiques sont répétées, les conséquences peuvent être terribles et détruire à petit feu (maladies, addictions…) ou mener au suicide. Ce d’autant plus si elles ont été proférées depuis l’enfance, de la part d’une personne (un parent) dont l’enfant dépend pour sa survie…

Tout cela, je le pressentais depuis longtemps. Mais il y a quelques années encore, il était difficile si ce n’est impossible de trouver des informations sur ce problème dans des ouvrages « classiques » de psychologie. Jusqu’à ce que je découvre, petit à petit, grâce à des experts ayant étudié ces questions de près par des techniques d’imagerie cérébrale, le concept de « traumatisme complexe » (appelé aussi « trouble de stress post-traumatique complexe »), dû à la répétition d’interactions traumatiques (même de faible intensité).

Les violences psychologiques répétées sont donc un traumatisme « complexe », qui peut provoquer les conséquences d’un traumatisme de type I (ou simple):

  • Hyperréactivité (sursauts, hypervigilance, troubles du sommeil, troubles de la concentration)
  • Réminiscences (réveils de la mémoire traumatique, avec symptômes désagréables tels qu’anxiété, sentiment d’impuissance, découragement, déprime, lassitude, solitude, cauchemars)
  • Dissociation (déni, amnésie traumatique)
  • Evitement

Et ce n’est pas fini:  tous ces symptômes peuvent à leur tour nourrir de terribles cercles vicieux, dont le caractère particulièrement insidieux dans le cas du traumatisme complexe peut être encore plus destructeur :

  • Comment une personne peut-elle avancer dans la vie si elle est quasiment tout le temps aux aguets, guettant la moindre menace plutôt que de s’impliquer dans sa vie quotidienne, se donner le droit de faire des expériences, de faire des erreurs, puis de choisir la vie qui lui convient le mieux?
  • Comment vivre sereinement si le moindre signe de danger peut réactiver de mauvais souvenirs au point de lui faire revivre sans cesse des moments désagréables du passé, comme si elle y était de nouveau, et sans y trouver du sens, puisque sa mémoire n’a pas pu encoder ce souvenir de façon normale?
  • Comment nouer des relations amicales saines, nourrissantes et sécurisantes si le moindre froncement de sourcil peut mobiliser les circuits cérébraux perturbés et provoquer une sécrétion importante d’hormones de stress, puis engendrer des émotions très vives et du repli et /ou de la colère mal dirigée et mal exprimée ?
  • Comment choisir un compagnon aimant, soutenant, si elle ne sait pas reconnaitre que l’on la maltraite, si son psychisme a intégré qu’il est « normal » de vivre sans égards et sans tendresse, si elle a appris, depuis sa plus tendre enfance, qu’il vaut mieux ne pas être trop difficile sous peine de s’attirer les foudres de ceux qui disent l’aimer ?
  • Comment arriver à reconnaître tout cela si son cerveau a été programmé (depuis sa plus tendre enfance !) pour la faire vivre dans le déni ?
  • Comment cette personne peut-elle parvenir à comprendre toutes ses souffrances et ne pas s‘en vouloir d’être « bizarre » ?
  • Comment en parler, alors qu’elle n’a pas l’impression d’avoir vécu des évènements véritablement traumatisants mais juste des attitudes « pas tout à fait correctes, mais rien de grave » de la part de ses parents ?
  • Comment sortir du brouillard, alors qu’elle ne sait pas comment mettre les mots sur les petites vexations, les phrases assassines, le manque de compréhension, son sentiment de solitude, que tout cela « n’est pas très grave, il y a bien pire »…

Cette forme de traumatisme est donc complexe, oui, dans tous les sens du terme, dans toute sa splendeur, hélas…

Je suis si heureuse d’avoir fait, il y plus d’une douzaine d’année de cela, une autre grande découverte : celle de l’approche centrée solution. Et chaque jour, je comprends mieux pourquoi j’avais eu le coup de foudre pour cette approche thérapeutique : elle est l’exact contraire des violences psychologiques et des terribles cercles vicieux induits par les symptômes du traumatisme complexe :  elle part du principe que malgré la complexité des symptômes, au cœur (au cœur !) de chaque personne il y a des ressources à activer pour lui permettre de s’en sortir, pas à pas.

Ursula Sila-Gasser

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